CITATIONS CLÉS

TITRE : L’EFFONDREMENT QUI VIENT – DESIGN ET ÉPUISEMENT

Introduction :

Viktor Papanek soulignait que :  « Au siècle de la production de masse, où tout doit être planifié et étudié, le design est devenu « un outil à modeler les outils » qui permet à l’homme de transformer son environnement et, par extension, la société et sa propre personne. Cela exige de la part du designer un sens aigu des responsabilités morales et sociales, et une connaissance plus approfondie de l’homme ; le public, quant à lui, doit parvenir à une perception plus fine du processus de design. […] Il est grand temps que le design – tel que nous le connaissons actuellement – cesse d’exister. Tant que le designer s’occupera de confection de futiles « jouets pour adultes », des machines à tuer avec des ailerons brillants et des enjolivements « sexy » pour les machines à écrire, les grille-pain, les téléphones et les ordinateurs, il n’aura pas de raison d’être. Le design doit devenir un outil novateur, hautement créateur et pluri-disciplinaire, adapté aux vrais besoins des hommes. Il doit s’orienter davantage vers la recherche, et nous devons cesser de profaner la Terre avec des objets et des structures mal conçus. » (Viktor Papanek, Design for the real world)

On retrouve le même souci d’appuyer la démarche de design sur la connaissance du contexte sociologique et économique dans un texte fondamental de Laszlo Moholy-Nagy, Peinture photographie, film et autres écrits sur la photographie, et plus précisément dans le paragraphe de fin de cet ouvrage intitulé : « Nouvelle méthode d’approche – Le design pour la vie – Le design industriel, un nouveau regard sur la vie », texte écrit en 1947, avant le texte de Viktor Papanek écrit en 1971.

Il y écrit notamment à propos du design P. 244 :

« La forme ne procède pas seulement de la fonction, elle procède également des progrès de la technique et des arts ainsi que du contexte sociologique et économique d’un contexte donné, ou en tout cas elle devrait le faire. »

Plus loin, il insiste sur l’importance de connecter le geste de design au besoin humain p. 251 :

« Il faut faire en sorte désormais que la notion de design et la profession de designer ne soient plus associées à une spécialité, mais à un certain esprit d’ingéniosité et d’inventivité, globalement valable, permettant de considérer des projets non plus isolément mais en relation avec les besoins de l’individu et de la communauté. Aucun sujet, quel qu’il soit, ne saurait être soustrait à la complexité de la vie et traité de manière autonome. »

 

CHAPITRE 1 : QU’EST-CE QUE L’EFFONDREMENT ?

1. Définition

En 2011, Michel Rocard (ancien premier ministre français), Dominique Bourg (professeur à la faculté des géosciences et de l’environnement de l’Université de Lausanne) et Floran Augagneur (professeur de philosophie de l’écologie à l’Institut d’études politiques de Paris) déclaraient :

« Les catastrophes écologiques qui se préparent à l’échelle mondiale dans un contexte de croissance démographique, les inégalités dues à la rareté locale de l’eau, la fin de l’énergie bon marché, la raréfaction de nombre de minéraux, la dégradation de la biodiversité, l’érosion et la dégradation des sols, les événements climatiques extrêmes… produiront les pires inégalités entre ceux qui auront les moyens de s’en protéger, pour un temps, et ceux qui les subiront. Elles ébranleront les équilibres géopolitiques et seront sources de conflits. L’ampleur des catastrophes sociales qu’elles risquent d’engendrer a, par le passé, conduit à la disparition de sociétés entières. C’est, hélas, une réalité historique objective. […] Lorsque l’effondrement de l’espèce apparaîtra comme une possibilité envisageable, l’urgence n’aura que faire de nos processus, lents et complexes, de délibération. Pris de panique, l’Occident transgressera ses valeurs de liberté et de justice. »

La notion d’effondrement désigne “un processus à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, etc. ) ne sont plus fournis [à un coût raisonnable] à une majorité de la population par des services encadrés par la loi” (définition d’Yves Cochet).