À propos

Que Peut Le Design ?

Nous sommes un groupe composé de chercheur-e-s, de designers, d’étudiants en design. Nous nous questionnons, explorons, prospectons et expérimentons autour de problématiques sociétales telles que la désertification rurale, la gestion des ressources, l’économie alimentaire. Nos champs d’intérêt s’ouvrent également vers d’autres questions comme les inégalités éducatives, sociales et économiques et sont étroitement liés au constat d’un effondrement à venir du système d’organisation et de production industriel et des modes de vie qui en découlent et en dépendent.

QuePeutLeDesign assume une posture délibérément ouverte, affirmant que le designer ne sait pas ce qu’il peut concrètement apporter tant qu’il n’est pas suffisamment au contact d’une situation. Nous posons que le projet naît au cœur des situations que nous considérons comme des matrices. Dans cette perspective, nous considérons le design comme un agent de la situation, tantôt initiateur, tantôt activateur, tantôt facilitateur.

L’effondrement ?

Si l’effondrement tel qu’il est appréhendé par Pablo Servigne et Raphaël Stevens dans l’ouvrage Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collaposologie à l’usage des générations présentes, est un soubassement indispensable pour QuePeutLeDesign, c’est parce que la convergence entre le réchauffement climatique, l’impact des pollutions, la raréfaction de nombre de ressources minérales et fossiles, la fin de l’énergie concentrée et bon marché, la rareté de l’eau, l’épuisement des sols, l’effondrement de la biodiversité, sans compter sur l’augmentation de la démographie et la fragilité du système financier, économique et social, ne peut conduire qu’à un effondrement de la civilisation industrielle, c’est-à-dire de nos modes de vie, d’organisation et de production. En ce sens, le design, en tant que pratique de projet, supposé œuvrer à une amélioration de l’habitabilité du monde, ne peut faire autrement que de se repositionner à partir de ce constat, afin de contribuer à activer du changement en accompagnant notamment les initiatives de transition qui s’initient sur divers territoires. Cette recherche trouve un écho dans les recherches de designers et chercheurs comme Fabienne Denoual, Rémy Tesseydre, Estelle Bottereau, Frédérique Voisin, et Hakima Metahri.

La transition et la résilience ?

La transition vise à une modification structurelle profonde des modes de production et de consommation alimentaires, de l’énergie, de l’eau, de la monnaie, conduisant notamment à une relocalisation de l’économie et de ses acteurs afin d’assurer la résilience (capacité à encaisser les crises économiques et/ou écologiques) des territoires.

Les communs ?

Dans le prolongement de la théorie des communs développée par Elinor Ostrum et Charlotte Hess, les communs constituent un véritable « outil pour penser », permettant de restructurer l’action politique pouvant nous permettre de sortir de la crise de manière constructive et démocratique. Cela passe aujourd’hui par l’expérimentation de nouveaux modes de gouvernance plaçant les décisions collectives des « communautés » au centre du jeu socio-économique. Les projets de tiers-lieux* actuellement initiés à différentes échelles en Europe et dans le monde en constituent l’une des formes.

* Tiers-lieu : Il s’agit d’un lieu prévu pour accueillir une communauté afin de permettre à celle-ci de partager librement ressources, compétences et savoirs, de favoriser la rencontre entre des personnes qui n’ont pas forcément vocation à se croiser et de potentialiser ainsi la création de synergies.

Vers une économie symbiotique ?

Comme le souligne Isabelle Delannoy dans L’économie symbiotique. Régénérer la planète, l’économie et la société : « Le vivant a développé une intelligence de synthèse et de production d’équilibre qui nous dépasse ; l’humain, une puissance de conception et d’organisation qui est inaccessible au reste du vivant. Ce qu’inventent les nouvelles formes de production symbiotique, c’est un déplacement de l’utilisation de notre intelligence : elles cherchent à maximiser l’expression de celle du vivant en comprenant les synergies à l’œuvre et en cherchant systématiquement à les favoriser » (p.46). Dans ce paradigme, il s’agit donc de comprendre que : « L’efficacité ne dépend plus de la puissance de taille, mais de la puissance d’alliance ». (p. 213) dont l’intelligence humaine peut devenir le catalyseur si elle s’en donne la peine. Cela implique d’entrer dans une écoute et une compréhension de l’intelligence disponible produite par les écosystèmes vivants dont Peter Wohlleben (La vie secrète des arbres) ou Carl Safina (Beyond Words : What Animals Think and Feel). Cela passe également par une relation synergique entre écosystèmes vivants, tehnosphériques et sociaux, dans laquelle « les besoins de chaque écosystème correspondent aux ressources produites par un autre : les externalités positives produites par les uns sont les facteurs de production des autres. Ils se complètent et forment un système complet. » (I. Delannoy, p. 234). Autrement dit, il s’agit maintenant de trouver les moyens d’accéder à ces informations et de voir comment les utiliser et les relier aux besoins humains et non-humains. Il s’agirait donc de repositionner le design dans une perspective considérant des bénéficiaires non seulement humains mais également non-humains, ce qui induit un changement de paradigme inédit. Quels sont les paramètres à considérer pour assurer l’habitabilité du monde à l’échelle d’une colonie d’abeilles ? D’une rivière ? D’une forêt ? D’une communauté humaine ? D’une portion de terre ?

Contact : Fabienne Denoual : f.denoual@lobodog.net